Cécile Bidaud se convertit à la production agricole après une carrière académique pluridisciplinaire oscillant entre écologie, sociologie et géographie; sillonnant autour de forêts malgaches et des êtres qui l’entourent, puis une carrière d’entrepreneur artistique à Madagascar.
Enrichie par ses expériences variées, elle revient dans le jardin d’Eden de ses vacances d’enfance, soit celui de ses ancêtres pour célébrer la biodiversité cultivée et sauvage et se consacrer à la création de délices gustatifs, combinant ses attraits pour les arbres et leurs fruits, pour les collines de Manosque, entre oliveraies et forêt méditerranéenne, pour la cuisson et le séchage solaire, et pour son appétit de découverte de l’infinie palette des goûts et textures.
4ème génération de la famille à prendre soin de ce bout de colline et des arbres enracinés, Cécile crée en mai 2021 une entreprise agricole, la Soleillerie qui propose une gamme de produits à base de fruits et de fleurs: huiles d’olive, confitures, sirops, fruits séchés, tisanes, vins macérés aux plantes et autres douceurs culinaires, utilisant l’énergie solaire pour le séchage et la stérilisation des bocaux.
Un parcours en courbe et en raccourcis qui rallongent, pour appréhender la complexité du monde, pour apprendre de multiples manières, pour vibrer la matière et les sens. Des détails sous la photo de cerisade!

Je résume ici quelques 25 ans de vie…
2001-2004 Chiroptérologue, d’abord au Groupe Chiroptère de Provence, approche naturaliste fascinante, d’animaux incroyables: les chauves-souris. Leur étude nécessitant de nombreuses heures d’attente de nuit, elle fut propice au déploiement du rêve partagé de partir les étudier à Madagascar. C’est comme ça que je pars avec 2 amies chiroptérologues pour un DEA comme on appelait ça à l’époque, de biologie animale à l’Université d’Antananarivo.
2003-2004 La première année malgache à l’Université, avec les premiers apprentissage de la langue et de la culture malgache (et ses premiers chocs culturels associés!), et la compréhension que la gestion des forêts n’est pas une question biologique mais une problématique sociale, politique, économique.
2004-2016 Socio-anthropologue
Je décide de changer de filière académique pour étudier les liens entre les paysans et la forêt, pour comprendre les injustices écologiques à différentes échelles et me choquer à outrance des dissonances et de l’hypocrisie de l’aide au développement et à la conservation de la nature
Pendant ces quelques années de vie où j’habite principalement à Madagascar mais circule entre France, Suisse et Pays de Galles pour le travail, j’ai l’occasion de travailler sur
- la gestion familiale des crises alimentaires dans le Sud (écosystème très sec avec récurrence de kéré=famine)
- le trafic de tortues terrestres
- les scientifiques qui comptent le carbone des forêts; qui sera le sujet de ma thèse « le carbone qui cache les forêts »
- la gestion de l’eau dans le pays Mahafaly (et découvre la richesse du vocabulaire dédié à la qualification des différents types d’eau: moins on en a plus on l’apprécie!)
- les impacts sociaux des compensations écologiques d’une grande entreprise minière
- et c’est la goutte d’eau qui fait déborder mon vase: dans la déprime de mes résultats de recherche révélant les injustes écologiques « les plus riches de la planète condamnent les plus pauvres comme étant la cause de la crise écologique », les logiques postcoloniales du milieu scientifique, la dissonance de mon métier qui se veut apporter des connaissances pour soulager des personnes en souffrance et sauver la forêt, mais qui se contente d’écrire des articles scientifiques lus par une petite élite qui se scandalise de la pauvreté en conférence dans des hôtels de luxe ; dans la colère de servir un système capitaliste qui détruit la planète; dans le découragement de porter la parole des non-instruits-qui-pourtant-ont-un-savoir-écologique-incarné-que-le-système-détruit dans des institutions élitistes qui ne veulent pas les considérer, je sors de cette carrière débutante de chercheur
2011-2020 Co-fondatrice d’un lieu d’art à Tana/gestion ressources humaines/développement de projet/barmaid/et bien d’autres choses encore
Is’art galerie est une belle histoire de création et de diffusion artistique. Avec des expositions de jeunes artistes, des festivals d’art urbain, des résidences et accueils d’artistes africains, des concerts, des créations pluridisciplinaires, des feux d’artifice de propositions, des rencontres, des constructions, des rénovations, des mezzanines
J’ai joué différents rôles, et celui le plus important: point de colle entre toutes ces énergies d’artistes malgaches qui aujourd’hui poursuivent leur rêve d’un lieu de rencontre, de ressource, de production
Suite à mon divorce et mon souhait de me recentrer, je rentre sur la terre de mes ancêtres et réalise depuis tous les rêves qui me viennent
2021 – aujourd’hui paysanne en Provence et tisseuse de rêves
Un parcours tout en courbe qui explique mon rapport au monde et pour quelles raisons je suis le genre de paysanne qui accueille des nichoirs à chauves-souris, qui accueille différents publics et des spectacles à la ferme (avec une belle représentation d’artistes malgaches!), qui cherche des alternatives aux traitements au cuivre et aux produits phytosanitaires en général, qui participe aux syndicats et associations défendant l’agriculture paysanne: la Confédération Paysanne, agribio04, ADEAR, CIVAM ; qui plante en agroforesterie et prend soin de cet écosystème de colline forestière abritant déjà une belle biodiversité, qui construit séchoir et four solaire (soit valorise le solaire thermique et le beau rayonnement et sécheresse dont profite notre belle région), qui s’ancre sur la terre des ancêtres tout en virevoltant sur un territoire plus vaste, qui ne mets pas la rationalité économique en premier critère d’actions.
Je danse libre et en contact, je pratique le tao, le qi gong, je me relie aux arbres, je joue de la harpe et joue avec des sons que j’enregistre (avec parfois quelques productions artistiques qui en découlent comme dans ce court métrage magique « kalanoro » )
2013 – aujourd’hui Maman
c’est un autre métier, une autre responsabilité, une autre aventure qui chaque jour se déploie avec les défis et les cadeaux d’élever un enfant au milieu de tous ces arbres fruitiers